Le 11 mars, à la salle de Matras, Amusaté é Boujaté organisait, à l'initiative de Gérard JULIEN et en partenariat avec la commune de Saint-Barthélemy-Grozon, une soirée sur une thématique inédite, qui représente une partie méconnue du patrimoine ardéchois: l’histoire des vignobles interdits, devenus des cépages résistants recherchés. Et ce fut un franc succès, avec plus d’une cinquantaine de participants, venus de tout le département.
La soirée a débuté avec la projection de Vitis Prohibita, un documentaire réalisé par Stéphan BALAY, qui cherche à réhabiliter ces cépages maudits. Leur vin rendait soi-disant fou, alors ces vignes ont été condamnées à être arrachées au milieu du XXème siècle. Elles fournissaient pourtant la consommation quotidienne de vin à des milliers de paysans, vignerons amateurs.
Le documentaire, construit comme une enquête, part à la découverte de ces cépages maudits (Baco, Clinton, Noah, Isabelle ...) qui subsistent encore aujourd’hui. Il nous remémore ces odeurs particulières de vieille cave, cette ombre douce de la treille accrochée aux murs de pierre. Il fait parler des scientifiques, des œnologues, des vignerons. On découvre qu’en Europe ou aux Etats-Unis, ces cépages sont cultivés sur des centaines d’hectares et que les accusations retenues pour cette interdiction étaient infondées. La filière viticole voulait privilégier les grands vignobles, avec des vins plus standards mais aussi des cépages plus fragiles, qui nécessitent toujours plus de traitements.
Depuis quelques années, recherche agronomique et vignerons redécouvrent les qualités de ces cépages interdits, qui ont dans leurs gênes la résistance aux maladies et l’adaptation au réchauffement climatique. Les croisements faits avec Vitis Vinifera, la vigne actuelle, donnent de nouvelles variétés en partie résistantes aux maladies et adaptables à la sécheresse. Mais il faut que les consommateurs découvrent et s’habituent à ces saveurs nouvelles.
Amusaté é Boujaté avait invité 2 experts sur ces sujets : Marion IVALDI, spécialiste de la filière viticole, et Louis BONNET, ingénieur agronome en charge du Château Moulin à Vent. Cela a permis d’avoir un débat très nourri entre les vignerons professionnels présents et les amateurs de vins. Un débat aussi très ouvert sur des sujets habituellement polémiques comme la culture des vignes en bio ou en conventionnel, l’impact, sous-estimé ou pas, des dérèglements climatiques, la difficulté de conjuguer biodiversité et contraintes économiques, la demande pour des vins plus naturels ou moins alcoolisés.
Cette soirée très conviviale, inédite dans le département, s’est terminée par la dégustation d’un vin élaboré à partir de Baco noir et de Clinton (2 cépages interdits !) et accompagné du traditionnel picodon - saucisson. C’est un vignoble centenaire remis en production par un couple de vignerons amateurs, en utilisant des techniques d’agriculture de conservation et d’agroforesterie, à 780 m d’altitude, qui donne ce vin qui a surpris beaucoup de monde. Le réchauffement climatique a aussi des avantages !
Comme la soirée a su conjuguer patrimoine et modernité, terminons avec ce clin d’œil à Jean Ferrat :
« La vigne elle ne court plus dans la forêt,
Le vin est à nouveau tiré
Pour offrir aux centenaires ce bonheur
Et cette découverte aux nouveaux amateurs ! »
Yves JULIEN introduit la soirée
Avant le débat, Gérard JULIEN présente Marion IVALDI et Louis BONNET
L'assistance captivée par les débatteurs
Echanges animés pendant la dégustation de l'assemblage Baco noir - Clinton