Quarante spectatrices et spectateurs, dont une bonne poignée de jeunes, ont applaudi le superbe film de Marie AMIGUET et de Vincent MUNIER, ce vendredi soir à Matras, pour la troisième projection dans ce nouveau haut lieu culturel de Saint-Barthélemy-Grozon. Un joli succès, car la semaine dernière, à Vernoux-en-Vivarais, le même long métrage n'avait réuni que 28 personnes. Quelle splendeur que ces austères paysages de contreforts tibétains, au climat d'une rudesse qui nous étonne, quel envoûtant spectacle que ces animaux en totale liberté, yaks mis à part. Vincent MUNIER et Sylvain TESSON, à l'affut pendant les 95 minutes du film, équipés comme les découvreurs de l'Antactique, jumelles ou téléobjectifs pointés sur leurs cibles, se chuchotant l'un à l'autre pour ne pas effrayer l'animal, nous offrent un hymne vibrant à la biodiversité: le combat des cerfs de Thorold, l'approche des menaçants yaks sauvages, la rencontre avec la meute de loups blancs, la traque des ours tibétains, l'observation de l'étonnant manul (le chat de Pallas, trapu et velu), le piqué vers sa proie du faucon crécerelle. Et bien sûr la rencontre finale avec la fameuse panthère! Des images somptueuses, une bande son phénoménale (comment enregistre-t-on des animaux de manière aussi précise à plus de 100 mètres de la caméra?).
Ce que le film ne dit pas mais qui est savoureux à mentionner, c'est que pendant cette quête de la panthère des neiges, qui s'est étalée sur plusieurs années, Vincent MUNIER n'a pas toujours eu la vie facile. Dans une interview à Paris-Match, il évoque l'épisode suivant: « Au début de mon quatrième voyage, seul avec mon copain tibétain, je repère un léopard. Vers 17 heures, je suis dans la montagne quand je vois cinq policiers se diriger vers moi. Ils m’attrapent, me ramènent au camp de base, fouillent mes sacs et nous embarquent. Sept heures de 4 x 4 jusqu’à la ville. On nous colle dans un hôtel miteux, avec deux gardes devant la porte. L’interrogatoire va durer trois jours. J’ai beau avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires à mon expédition, on m’accuse de capturer des bébés panthères pour les vendre en Europe. Les hommes défilent, m’insultent. Mon guide est terrifié, lui et sa famille risquent gros. » Pas question d’être libéré avant d’avoir payé des « amendes » et, surtout, de signer un document reconnaissant le braconnage. Alors, l’amoureux de la nature connu pour la délicatesse de son travail appose sa signature. On l’expulse. Interdiction de remettre les pieds dans cette région qu’il a le sentiment de connaître enfin. « J’étais désespéré. Mais j’ai décidé de me poser 200 kilomètres au sud et de repartir de zéro ». Ah, les policiers chinois!
Pour faire plus ample connaissance avec Vincent MUNIER, ne manquez pas de visionner le film de 52 minutes que nous vous proposons ci-dessous! Il est exceptionnel.