Le jeu libre, c'est jouer sans consignes, sans objectif particulier. Se déployer en écoutant son imaginaire. Activité vitale pour l'enfant, le jeu libre lui permet de s'inventer et de construire son corps psychique.
Inspiré par les travaux du chercheur Arno Stern et de la psychologue Sophie Marinopoulos, j'ai souhaité aller à la rencontre du jeu libre et saisir la liberté qui en émane. Pour cela, j'ai voyagé durant huit mois autour du monde, rencontré des dizaines de familles et partagé du temps avec des enfants dans des espaces très variés.
Dans ces moments, l'enfant exprime pour moi toute sa puissance par sa spontanéité, sa joie, son élan. Je l'observe jouer et, soudain, une émotion fugace surgit. Un lien à son instinct vital, un instant magique, universel.
Ces photographies ne sont pas des demandes faites aux entants, il y a eux, le jeu, et moi, le photographe, parfois impliqué dans le jeu, parfois à l'extérieur mais toujours ouvert à l'état d'étonnement.
Ce travail, ode au jeu libre, est aussi un manifeste pour défendre un espace à préserver. Notre société globalisée a tendance à négliger l'immatériel et le poétique comme essentiels à la construction de l'être. Consciemment ou non, les entants sont souvent mis sous pression. Ils doivent « réussir », « progresser » et la récente omniprésence des écrans eclipse les phases d'ennui fondamentales à l'émergence du jeu libre.
Cette exposition se prolonge par le livre photographique Libre (mai 2022) accompagné des entretiens réalisés par Estelle Levresse auprès d'Arno Stern, Odile Perino, Pascal Minotte et Sophie Marinopoulos.
Un grand merci aux soixante cinq enfants et leurs parents qui ont joué le jeu ainsi que toutes les personnes qui m'ont aidé à les rencontrer. Merci aussi à Michael Antiochus et Michel Besson pour leur aide précieuse dans la construction des structures; Annie Clément pour son soutien logistique; Milan Otal pour son regard extérieur ainsi que les associations Cluny de la Paix et Dialogues en photographie pour leur accompagnement.